Séminaire « Valeur-Valuation-Valence »

Séminaire « Valeur-Valuation-Valence »

En ligne Adresse de contact : JP.Bertrand@uliege.be
5 Mai 2021

Programme : https://www.traverses.uliege.be/cms/c_6156289/fr/valeur-valuation-valence

Mercredi 5 mai, 14h : “Dynamiques de construction et de renversement de la valeur dans l’écriture amateur et les pratiques de fans sur internet” (Fanny Barnabé)

Organisateurs·trices : Jean-Pierre Bertrand, Justine Huppe et Frédéric Claisse


Présentation de la communication :

Au cœur des enjeux soulevés par les fanfictions – ces récits écrits par des fans visant à prolonger, à amender voire à transformer une œuvre originale (roman, film, jeu, etc.) – se trouve évidemment la question de la légitimité, de la qualité et de la reconnaissance de ces pratiques, souvent stigmatisées pour leur fonctionnement imitatif et leur amateurisme. Mais les mécanismes de production de la “valeur” des fanfics singent-ils strictement ceux du champ littéraire? Y développe-t-on des succédanés d’instances de consécration ou y expérimente-t-on, au contraire, d’autres formes d’évaluation, d’autres rapport à la notion de canon et d’autres critères de consécration des textes?

Fanny Barnabé se penchera sur ces enjeux théoriques, illustrés, dans un second temps, par l’étude de la fanfiction parodique “Autant en emporte le ZEvent”, écrite par le streamer Antoine Daniel sur la plateforme Wattpad et significative de la façon dont peut se produire la valeur sur internet.


Présentation du séminaire :

S’il est un artiste qui a mis au cœur de sa réflexion les articulations entre l’art et le marché, c’est bien Marcel Broodthaers, allant jusqu’à considérer le caractère marchand de l’art comme sa seule définition valable. Son diptyque Gedicht/Poem/Poème-Change/Exchange/Wechsel (1973) ne déroge pas à cette analyse et illustre à sa façon une double réduction: celle du littéraire au numéraire (les initiales de l’artiste, disposées à la façon d’un poème mais aussi d’un calcul, font l’objet de résultats chiffrés) et celle du numéraire au marchand (le second panneau résout, via un taux de change énigmatique, les additions chiffrées en valeurs monétaires -livres sterling, dollars, deutsche marks et autres francs). En questionnant la possibilité d’étalons, d’échanges et de fixations des prix des objets artistiques, Broodthaers nous plonge au cœur d’un questionnement mené, depuis l’art, sur la valeur et ses opérations privilégiées (mesurer une qualité, mettre en équivalence des objets, estimer la distance à une norme ou à un idéal, etc.). Transposées plus précisément dans le domaine littéraire – qui se distingue, notamment par le caractère reproductible de l’objet-livre, de celui des arts plastiques et de ses logiques spéculatives –ces questions affrontent nécessairement une certaine polysémie : désigne-t-on par là les valeurs morales engagées dans les œuvres littéraires, leurs qualités proprement esthétiques ou encore leur rentabilité dans l’économie du livre ? Tout cela à la fois. En se saisissant d’une notion aussi labile que celle de la « valeur », le séminaire « Valeur-Valuation-Valence» prend pour fil rouge un terme dont il s’agira de comprendre les acceptions et les usages divers à partir du rôle d’actrices et acteurs multiples (lecteur·ices, libraires, éditeur·ices, relais de politiques culturelles, usager·e.s de plateformes numériques, etc.), de conflits rhétoriques (oppositions entre des échelles de grandeurs dans des moments de conflits ou d’évaluation) et d’effets de circulation voire de transferts quasi alchimiques entre différents types de valeurs (“enrichissement” d’un produit par son esthétisation, latéralisation des valeurs éthiques par une certaine légitimité esthétique, dévaluation d’œuvres assumant trop ouvertement leur recherche de profit, etc.).La littérature sera ainsi tour à tour interrogée comme lieu d’institution et/ou de mise en jeu de valeurs esthétiques et éthiques, comme production de marchandises mais aussi comme espace discursif où s’élaborent des théories autochtones sur l’économie, sur la juste (ou l’injuste) répartition des biens ou encore sur l’impératif néolibéral de l’évaluation généralisée. Puisque lire, c’est souvent aussi évaluer, nous ferons le pari qu’une conceptualisation de la valeur peut s’affiner au contact des œuvres littéraires, de leurs discours et de leurs agents.